Quatre ans. C’est court, et c’est très long. A l’échelle de la Corée du Sud, c’est une éternité. Ce pays à la vitesse de développement impressionnante a bien changé, en si peu de temps. Alors quelles sont les différences majeures, entre 2016 et 2019 ?

La première chose, et pas des moindres, est le nombre croissant d’étrangers en Corée du Sud, ou en tout cas, à Séoul, et particulièrement le nombre croissant de Français. En 2016, j’étais arrivée dans un hostel où j’avais rencontré au cour de mon séjour un seul Français. En 2019, je suis arrivée au même endroit, il n’y en avait pas moins de huit. Coïncidence, hasard ? Absolument pas. Si l’envie vous prenez d’aller visiter les palais, ou la tour de Séoul, il y a de forte chance pour que vous tombiez sur des compatriotes égarés en Corée du Sud. L’avantage, c’est qu’entre Français, vous vous reconnaîtrez tout de suite. Je ne vous parle pas des sorties en boîtes, ou d’un petit tour à Hongdae, qui est le quartier étudiant. Environ un étranger sur cinq que vous entendrez parler sera Français. Et oui, les facultés Coréennes accueillent, elles aussi, de plus en plus d’étudiants en échange, ou venant exclusivement pour apprendre la langue. Si vous voyagez au Japon, vous rencontrerez aussi un nombre important de Français. En 2019, Séoul est désormais comparable à Tokyo.

Comment l’expliquer ?

La Corée du Sud est un pays développé, où le niveau de vie est très comparable à celui dont nous bénéficions en France, et admettons le, nous aimons notre confort. Il faut aussi dire que le pays a su faire preuve d’une excellente stratégie marketing qui a porté et porte encore ses fruits. Force est de constater l’internationalisation de la musique Coréenne, et l’explosion du nombre de vues des séries et des films qui y sont produits, et qui ne se limitent plus à un export en Chine ou en Thaïlande, mais aussi en Europe ou en Amérique. D’ailleurs, de nombreux événements comme la Kcon en lien avec la musique Coréenne sont organisés en France chaque année, et affichent rapidement complet. Outre ces aspects, qui attirent particulièrement les jeunes générations, l’anniversaire France – Corée qui s’est déroulé en 2016 et les Jeux Olympiques d’hiver organisé en 2018 à Pyeongchang ont mis en avant un pays méconnu, qui a su conserver ses traditions tout en se modernisant. Le port du Hanbock, la nourriture Coréenne – Dalkalbi je t’aime, en passant par les palais de Seoul et les anciens villages toujours habités, toutes les conditions sont réunies pour que le pays continue à attirer les touristes, faisant ainsi concurrence au Japon. Et oui, les touristes au Japon et en Corée du Sud recherchent sensiblement la même chose. Un mélange de traditionnel asiatique et de modernité dans un pays sûr et développé.

La deuxième chose ayant bien changé en quatre ans est plutôt une bonne chose. La Corée du Sud a en effet connu de nombreuses réformes depuis 2016. Le pays étant très traditionaliste, certaines avancées sociales que nous connaissons et auxquelles nous sommes désormais habitués ne sont pas encore acquises en Corée. Cependant, le pays s’ouvre progressivement, et de plus en plus d’entre elles font l’objet de lois ou de projets de loi, ou à défaut, de manifestations pour demander une loi. La dernière en date ? Une loi sur le droit à l’avortement est actuellement en cour de vote, celui-ci étant toujours considéré comme illégal.

Le niveau d’anglais des Coréens s’est aussi légèrement amélioré. En 2016, tous les commerçants ne parlaient pas anglais. Aujourd’hui, ils arrivent à comprendre et à se faire comprendre. En revanche, je trouve, et c’est personnel, que l’hospitalité à Séoul s’est un peu dégradée. Comme à Paris, les Coréens voient désormais défiler touristes et étudiants étrangers toute l’année. Leur amabilité s’en trouve donc parfois entachée. Ils sont un peu lassés, et cela se sent dans leurs attitudes. Si une tolérance et une plus grande ouverture d’esprit se développe, le racisme n’en est pas moins en reste. L’arrivée d’étrangers, pas toujours respectueux de la culture Coréenne, a en effet favoriser le renforcement d’une volonté de communautarisme, notamment chez les personnes âgées. Toutefois, l’inverse est aussi vrai, notamment dans la tranche d’âge seize – trente ans, qui devient de plus en plus tolérante et qui exprime une volonté de découvrir le monde, de voyager, et parfois même de s’installer à l’étranger. Lorsqu’on s’interresse à leurs conditions d’étude et de travail extrêmes, leur recherche de nouveaux horizons prend tout son sens. Mais les Coréens ont une culture Asiatique de la famille. Le respect et la proximité avec leurs ancêtres sont donc très importants pour eux, ce qui rend les départs parfois bien plus compliqués que ce qu’on pourrait imaginer.

Les tarifs, eux, ont très peu changé. D’une année sur l’autre, ils restent approximativement les mêmes. Si vous choisissez de venir à Séoul, vous devez savoir que c’est une ville plutôt cher, notamment en ce qui concerne le logement et le transport. En revanche, vous pourrez y manger pour moins de deux euros, et si vous évitez les grandes anciennes internationales, vous y trouverez des vêtements à des tarifs abordables. Les enseignes de cosmétiques semblent se multiplier d’une année sur l’autre, en revanche, les affiches promotionnant la chirurgie esthétique qui se trouvaient auparavant dans le métro ont presque complètement disparues, ce qui n’est pas pour me déplaire. L’honnêteté des Coréens est restée la même. Vous êtes en train de travailler dans un café, et vous voulez commander ? Pas de soucis, vous pouvez laisser votre ordinateur et votre sac sur la table sans avoir peur de ne pas les retrouver. Leur goût pour le chant et la musique est aussi intacte. Si vous passez par Séoul, rendez-vous à Hongdae ou Sinchon pour voir les étudiants pratiquer leurs arts dans la rue, avant d’aller faire un Noreabang (Karaoké) avec des amis.

Les habitudes de vie des Coréens ont aussi évoluer. En 2016, il y avait très peu d’animaux dans les rues de Séoul. C’est la capitale, les gens y vivent en appartement, ceci explique certainement cela. Bien que je n’en croise toujours pas beaucoup, il me semble en voir de plus en plus. Les races de petits chiens sont particulièrement appréciées ici. Vous ne manquerez pas de croiser quelques Caniches et Bouledogues, ou Yorkshires. Peu de gens ont des chiens qui ne sont pas pure race – ce qui me dérange un peu, je dois bien l’avouer. Les Coréens apportent toujours une attention très particulière à leur apparence, et il semble bien que les chiens n’échappent pas à la règle.

L’occidentalisation de la Corée du Sud, bien qu’ayant des conséquences positives, en a aussi des négatives. En quatre ans, le nombre de personnes obèses ou grasses dans la rue a fortement augmenté. Il y en a, bien sûr, beaucoup moins qu’en Europe, mais dans un pays où la minceur est très appréciée, cela surprend. Les Coréens, pourtant réputés pour leurs plats équilibrés et seins, seraient-ils en train de faire les frais de la généralisation des fast food, des produits importés, et de la modification progressive de leurs habitudes de consommation ? Probable. Et cela se voit surtout chez les jeunes.